CHAPITRE 9

Les jours suivants s’écoulèrent avec une régularité presque rassurante.

Chaque matin, Fergus retrouvait ses habitudes : sa course sur les chemins d’Archignac, sa séance de yoga, puis les longues heures consacrées aux ultimes mises au point. Circé, de son côté, poursuivait le patient travail d’élaboration du rituel. Les calculs astrologiques étaient vérifiés une dernière fois, les correspondances relues, les instruments rituels soigneusement contrôlés et les ingrédients préparés.

Ils se retrouvaient presque chaque jour pour confronter leurs observations. Chacun rendait compte de ses avancées, soulevait une interrogation, proposait une amélioration. Ils examinaient jusqu’aux détails les plus infimes. Ils savaient que la réussite de l’opération théurgique reposait autant sur la justesse de l’intention que sur l’exactitude des correspondances qui l’accompagnaient.

À mesure que le 5 août approchait, une confiance sereine naissait de leur préparation. Ni Fergus ni Circé ne nourrissaient l’illusion de tout maîtriser. Ils avaient simplement la conviction d’avoir fait tout ce qui était humainement possible avant cette rencontre avec Ierathel.

Le mercredi 5 août, le ciel était parfaitement dégagé et, dès les premières lueurs du jour, une lumière limpide baignait les collines d’Archignac. Rien ne distinguait cette matinée des autres aux yeux d’un observateur ordinaire. Pourtant, pour Fergus comme pour Circé, elle marquait l’aboutissement de plusieurs semaines de préparation. Tout ce qui devait être dit l’avait déjà été.

Après un petit-déjeuner volontairement léger, chacun consacra le reste de la matinée au recueillement. Fergus effectua sa séance quotidienne de yoga avec une concentration plus profonde encore qu’à l’habitude. Les postures et le rythme de sa respiration contribuaient à apaiser son esprit et à l’éloigner des préoccupations du monde ordinaire. Lorsqu’il acheva sa pratique, il avait atteint cette stabilité intérieure indispensable à l’opération qui l’attendait.

Avant de quitter le gîte, Fergus prit une douche fraîche. Lorsqu’il revint dans la cuisine, Boy ne vint pas se frotter à ses jambes comme il le faisait habituellement. Installé sur sa chaise, il observait Fergus avec une attention inhabituelle, comme si l’agitation particulière de cette matinée ne lui avait pas échappé.

Fergus s’approcha de lui.

— Toi aussi, tu as compris que ce n’était pas un mercredi comme les autres…

Boy répondit par un léger miaulement avant de sauter souplement au sol. Fergus n’eut même pas besoin de l’appeler. Le chat le suivit lorsqu’il quitta le gîte pour prendre le chemin de la maison de Circé.

Lorsqu’il arriva, Circé avait elle aussi réuni tout ce qui serait nécessaire au rituel. Après une brève salutation, elle lui désigna la pièce voisine où l’attendaient les vêtements rituels.

Quelques minutes plus tard, ils avaient tous deux revêtu leur robe blanche. Fergus ajusta la cordelette nouée à sa taille, passa à son cou le pentacle des Milites Arcani, puis fixa son athamé à sa ceinture. Circé vérifia d’un geste discret que rien ne manquait. Ils échangèrent un bref regard avant de monter ensemble vers la pièce consacrée. Circé l’avait purifiée dès le matin par une fumigation de sauge, afin que rien ne vienne troubler l’opération. Fergus eut le sentiment que le lieu lui-même se tenait prêt à les recevoir. Les statues des archanges occupaient leur place habituelle aux points cardinaux. Les animaux symbolisant les quatre éléments veillaient à leurs côtés, tandis que le blason orné des fleurs de lotus dominait l’ensemble avec solennité.

Le monde extérieur venait de disparaître.

Dès à présent, chaque geste, chaque parole et chaque pensée serviraient une même intention.

Circé se dirigea vers la chaîne haute-fidélité installée sur un côté du bureau.

Avant de mettre l’appareil en marche, elle déposa avec soin une calcite orange sur l’une des enceintes et une cornaline sur l’autre. Toutes deux étaient traditionnellement rattachées à la sphère de Mercure et renforçaient, selon les principes de la magie cérémonielle, les influences recherchées dans le temple. Elle introduisit ensuite le disque dans le lecteur, régla le niveau sonore avec précision, puis lança la lecture.

Les premières mesures de l’œuvre d’orgue de Jean-Sébastien Bach s’élevèrent aussitôt dans la pièce. Les sonorités graves emplirent progressivement l’espace, bientôt rejointes par les jeux plus lumineux de l’instrument. Le sol majeur avait été retenu pour sa correspondance avec Mercure. La musique ne constituait pas un simple accompagnement. Elle participait pleinement à l’équilibre vibratoire recherché. Les harmonies de Bach prenaient possession du temple avec une lenteur cérémonielle.

Circé saisit ensuite un charbon allumé qu’elle déposa dans l’encensoir de cuivre. Lorsqu’il fut suffisamment incandescent, elle y laissa tomber quelques grains de benjoin.

Une volute blanche se forma au-dessus de l’encensoir, tournoya, puis se répandit dans la pièce. Le parfum résineux se mêla aux accords de l’orgue. Fergus observa Circé faire le tour du temple et présenter l’encensoir fumant en direction de chacun des points cardinaux. Les statues des archanges, les animaux symboliques, le blason au lotus, puis l’autel lui-même reçurent tour à tour cette offrande parfumée. Lorsqu’elle eut achevé le tour du temple, elle reposa l’encensoir sur son support. Circé entreprit alors d’installer les instruments magiques.

Le plateau rituel occupait déjà le centre de la dalle de marbre. Circé y plaça successivement les différents objets selon l’ordonnancement qu’elle avait établi depuis plusieurs jours. En avant, elle déposa la coupe contenant l’eau de source consacrée sous la lumière de la pleine lune. Un peu en retrait, du côté occidental de l’autel, elle installa le calice et, à proximité, la petite clochette destinée à ponctuer les différentes phases. L’encensoir laissait toujours monter la fumée du benjoin vers les plans subtils.

Elle saisit ensuite les deux bougies orange. Chacune d’elles avait été soigneusement ointe d’une huile dynamisée par le condensateur fluidique afin d’en renforcer les correspondances mercuriennes. Circé les installa de part et d’autre de l’autel, puis en vérifia l’alignement.

Depuis la table du cantou, Boy ne perdait rien des préparatifs de Circé. Assis bien droit, les oreilles dressées et le regard passant d’un objet à l’autre, il donnait presque l’impression de surveiller lui aussi la disposition de chaque instrument. Cette attitude arracha un léger sourire à Fergus ; depuis longtemps, il avait renoncé à chercher une explication aux comportements parfois déroutants du ragdoll.

Tout était à sa place. Les accords de l’orgue continuaient de se déployer avec une ampleur majestueuse, tandis que les volutes de benjoin montaient lentement vers la charpente. Le temple était prêt. Il ne restait plus qu’à ouvrir le rite.

Fergus s’approcha à son tour de l’autel. Circé vint se placer légèrement en retrait, comme ils l’avaient convenu. Dès lors, elle n’interviendrait plus qu’en cas de nécessité. La conduite de l’opération appartenait à Fergus.

Il saisit l’athamé qu’il portait à la ceinture.

Le contact de la poignée dans sa paume suffit à recentrer son attention. Les lectures, les calculs et les correspondances patiemment réunies au fil des jours convergeaient vers l’opération qui commençait. Il ferma brièvement les yeux, régularisa sa respiration, puis éleva la lame devant lui.

Il commença par le Rituel Mineur de Bannissement du Pentagramme, également désigné par l’acronyme LBRP.

Ses gestes étaient précis, sans hâte. À chacune des quatre directions cardinales, la pointe de l’athamé traça dans l’espace les figures consacrées, tandis que les noms divins résonnaient dans le temple. Fergus n’avait plus besoin de réfléchir à l’enchaînement des mouvements. Au fil de sa pratique, ce rituel était devenu pour lui bien davantage qu’une succession de paroles et de signes : une architecture invisible qu’il savait dresser autour de lui avec une assurance croissante.

Circé suivait chacun de ses gestes.

Lorsque le bannissement fut achevé, Fergus conserva l’athamé dans sa main droite. Il revint face à l’autel et abaissa la pointe de la lame vers le sol. Il entreprit alors de tracer le cercle magique autour d’eux.

Pas à pas, il parcourut l’espace en suivant la limite qu’ils avaient déterminée. L’athamé décrivait une ligne continue, invisible aux yeux ordinaires, mais dont Fergus percevait nettement la réalité. Lorsqu’il rejoignit son point de départ, le cercle fut refermé.

Fergus et Circé se tenaient au cœur de l’espace consacré.

Face à l’autel, au-delà de la limite qu’il venait de refermer, se dessinait le triangle d’évocation qu’ils avaient tracé avant l’ouverture du rite. C’était là qu’Ierathel serait appelé à se rendre visible. Il reprit sa place devant l’autel et posa les deux mains sur son bord. L’appel aux forces élémentaires devait précéder celui des puissances de Mercure.

Il se tourna vers le nord.

— Gnomes, puissances de la Terre, gardiens des formes et des fondations, soyez présents.

Puis vers l’est.

— Sylphes, puissances de l’Air, porteurs du souffle, de la pensée et de la connaissance, soyez présents.

Au sud, sa voix gagna en intensité.

— Salamandres, puissances du Feu, forces de transformation et de lumière, soyez présentes.

Enfin, il se tourna vers l’ouest.

— Ondines, puissances de l’Eau, gardiennes des courants, de la mémoire et des profondeurs, soyez présentes.

Boy n’avait pas bougé de la table du cantou. Son regard accompagnait chacun des déplacements de son maître.

Fergus leva l’athamé.

La première évocation concernait l’ensemble des puissances angéliques rattachées à la sphère de Mercure. Il avait longuement travaillé avec Circé la prononciation de la formule afin d’en restituer chaque mot avec la netteté nécessaire.

Sa voix s’éleva au-dessus de l’orgue :

Angeli Mercurii, custodes sapientiae et nuntii inter mundos, adeste nobis. Per lucem stellarum, per vias occultas scientiae, per verbum quod caelum et terram coniungit, aperite portas intellectus et cognitionis.

Les paroles semblèrent se fondre dans les vibrations de la musique. Une tension gagna peu à peu l’atmosphère. Aucun signe visible ne s’était encore manifesté. Les bougies brûlaient avec régularité. La fumée du benjoin continuait de monter en volutes légères. L’œuvre de Bach résonnait toujours dans le temple.

Fergus abaissa légèrement l’athamé. Il allait maintenant prononcer le nom de celui qu’ils cherchaient à atteindre.

Un point de ses calculs astrologiques revint alors à l’esprit de Circé.

La quadrature entre Mercure et la Lune.

Cette configuration demeurait la seule dissonance du thème qu’elle avait établi. Circé avait choisi de ne pas en exagérer la portée devant Fergus. Les astres n’imposaient jamais un destin ; ils révélaient seulement des tensions possibles. Elle écarta cette pensée avant qu’elle ne trouble sa concentration.

Fergus leva de nouveau la lame.

Ierathel, ange de Mercure, gardien de la connaissance cachée et des mémoires que le temps ne peut effacer, audi vocem meam.

Il dirigea la pointe de l’athamé vers le triangle.

Ierathel, veni. Manifesta praesentiam tuam.

Rien ne se produisit.

Ils attendirent.

Circé sentit son cœur accélérer, mais conserva la maîtrise de sa respiration. À ses côtés, Fergus ne bougeait plus. Toute son attention se portait sur l’espace délimité par les trois lignes.

Une première volute de benjoin passa au-dessus de l’autel, puis une seconde.

Elles auraient dû poursuivre leur ascension vers la charpente. Au lieu de cela, la fumée changea brusquement de direction. Les filaments blancs s’étirèrent dans l’air, hésitèrent, puis commencèrent à converger vers le triangle. Une nouvelle volute rejoignit les précédentes. Puis une autre encore.

Leur blancheur se chargea de reflets verdâtres. Une forme humaine en émergea, revêtue d’une tunique sombre parcourue de motifs de bronze qui évoquaient des écailles. Ses yeux ambrés aux pupilles étroites se posèrent sur Fergus.

Cette apparence ne correspondait en rien aux attributs d’Ierathel. Fergus conserva l’athamé levé. Un ange sommé par les noms divins de révéler son identité ne pouvait mentir.

— Sous quel nom te présentes-tu dans ce triangle ?

— Je suis Sariel, attaché aux courants de la Lune.

La mention de la Lune ramena aussitôt Circé à la seule dissonance du thème.

— Tu n’es pas Ierathel, reprit Fergus.

— Non. L’appel qui devait le rejoindre a été détourné. Une volonté issue du monde des hommes en a infléchi la direction.

— Peux-tu nommer cette volonté ?

— Elle s’est dissimulée à ma perception.

— Les Serpentis, murmura Circé.

L’ange ne répondit pas. Fergus inclina respectueusement la tête.

— Sariel, je te remercie d’avoir révélé ton identité. Que tu puisses regagner librement ta sphère, dans la paix et selon ta volonté.

Les motifs de bronze parurent se dérouler sur la tunique, puis la silhouette se dissipa avec les dernières lueurs verdâtres.

Fergus purifia de nouveau le triangle avec la fumée du benjoin, retraça les signes de protection et reprit son appel.

— Ierathel, veni. Manifesta praesentiam tuam.

Cette fois, aucune force étrangère ne s’interposa. La fumée se rassembla au centre du triangle et gagna peu à peu en densité, comme attirée par une force invisible. Des contours encore indécis émergèrent de la blancheur mouvante. Quelque chose prenait forme. Une silhouette.

Celle-ci n’avait rien de l’apparition éclatante qu’il avait parfois imaginée au cours de ses lectures. Aucune explosion de lumière, aucun fracas. Au contraire, l’être paraissait venir d’une profondeur inaccessible, comme si la matière du monde s’était momentanément amincie pour lui permettre de franchir l’intervalle entre les plans.

Son visage était celui d’un homme d’un âge impossible à déterminer. Les traits profondément marqués ne suggéraient ni la vieillesse ni la fatigue, mais une existence soustraite aux mesures ordinaires du temps. Les pommettes hautes, le front large et la bouche ferme composaient une physionomie austère que rien ne venait adoucir. Une longue chevelure argentée descendait jusqu’aux épaules et ondulait très légèrement, bien que l’air du temple fût parfaitement calme.

Ses yeux étaient d’un bleu extrêmement pâle.

Ils ne brillaient pas à la manière d’une flamme. Leur clarté semblait venir de bien plus loin, comme si une parcelle de ciel nocturne s’était enfermée dans chacune de ses prunelles. Sur son front se dessinait un signe lumineux, une étoile à huit branches entourée de fines lignes concentriques qui apparaissaient puis s’effaçaient lentement.

Le reste de l’apparition se précisa à son tour.

Il portait une longue tunique d’un bleu presque noir dont les plis droits descendaient au ras du sol sans l’effleurer. Des fils d’argent parcouraient le vêtement en formant de subtiles constellations, reliées entre elles par de minuscules signes dorés qui glissaient imperceptiblement à la surface de l’étoffe. Une ceinture d’or pâle entourait sa taille. En son centre brillait une pierre transparente dans laquelle tournoyait une lueur vive.

Aucune aile ne se déployait dans son dos.

Sa stature, l’immobilité souveraine de son corps et cette façon de paraître à la fois présent dans le temple et infiniment éloigné du monde des hommes ne laissèrent à Fergus aucun doute sur la nature de l’être qui lui faisait face.

La fumée continuait de glisser autour de lui.

Fergus conserva l’athamé levé.

— Sous quel nom te présentes-tu dans ce triangle ?

L’ange répondit. Sa voix n’était pas forte, mais possédait une étrange profondeur, comme si plusieurs tonalités s’y superposaient sans jamais se confondre.

— Je suis Ierathel.

Fergus abaissa alors la lame.

— Fergus Mauprey, quels motifs t’ont conduit à m’appeler ?

Entendre l’ange prononcer son nom troubla Fergus, mais il se ressaisit aussitôt.

— Je cherche à atteindre les Lipika.

Ierathel demeura impassible.

Fergus poursuivit :

— Depuis plusieurs jours, des phénomènes inhabituels se manifestent dans le monde astral. Mon ange gardien me les a montrés et s’en inquiète. Des présences, des changements, des courants qui ne correspondent à rien de connu. Les élémentaires d’Archignac eux-mêmes semblent les percevoir. Nous pensons que les Lipika, parce qu’ils observent la mémoire des mondes et les courants du temps, pourraient en déterminer l’origine.

La lumière contenue dans les yeux de l’ange parut s’intensifier.

— Depuis quelque temps, les sphères angéliques perçoivent elles aussi cette altération. Elle reste difficile à définir, car elle ne procède d’aucune force dont nous reconnaissons la nature. Son empreinte est présente, mais son origine nous échappe.

La simplicité de cet aveu impressionna Fergus davantage qu’une longue explication ne l’aurait fait. Même les anges ne détenaient pas toutes les réponses.

Ierathel leva légèrement la tête.

— Les Lipika appartiennent à un ordre différent du nôtre. Ils contemplent à travers le temps des réalités auxquelles nous n’accédons pas de la même manière : les traces laissées par les êtres, les événements et les transformations du monde. Mais les sphères auxquelles nous appartenons ne communiquent pas directement entre elles ; je ne peux donc les rejoindre.

Fergus comprit aussitôt.

— Mais vous pouvez m’aider à les atteindre.

— Je peux reconnaître la légitimité de ta démarche.

Son expression se fit moins sévère.

— Et je peux appuyer ta demande.

— Pourquoi m’accorder cette confiance ?

Ierathel le fixa longuement.

— Parce que tu ne cherches ni le pouvoir, ni la domination, ni la connaissance pour elle-même. Tu cherches à comprendre un déséquilibre dont les conséquences pourraient affecter ton propre monde.

La voix de l’ange emplit alors tout l’espace consacré.

— Je te confie donc une recommandation destinée aux Lipika. Elle portera mon assentiment et, au-delà de moi, celui de la sphère angélique à laquelle j’appartiens. Tu leur transmettras que nous avons, nous aussi, perçu cette anomalie qui trouble les plans subtils.

Ierathel poursuivit :

— Va jusqu’à eux. Demande-leur. Et écoute leur réponse sans chercher à la plier à tes propres conclusions.

— Je le ferai.

Ierathel demeura face à Fergus, hiératique, enveloppé par les volutes du benjoin. Puis la lumière de ses yeux s’atténua.

Fergus inclina respectueusement la tête pour prendre congé.

— Ierathel, je te remercie d’avoir répondu à mon appel et de m’avoir accordé ta confiance. Que tu puisses regagner librement ta sphère, dans la paix et selon ta volonté.

Les contours de la longue tunique bleu nuit se brouillèrent les premiers. Les constellations d’argent qui parcouraient l’étoffe semblèrent se détacher une à une avant de disparaître dans l’air.

La masse de fumée se dispersa brusquement.

Il ne resta plus, au centre du triangle, qu’un espace vide traversé par les dernières volutes de benjoin.

La musique de Bach continuait de résonner dans le temple, indifférente à ce qui venait de s’y produire. Fergus percevait cependant encore ce qu’Ierathel avait laissé dans l’atmosphère de la pièce : non plus une forme ou une conscience, mais une empreinte.

Circé n’avait pas bougé.

Fergus congédia alors les anges de Mercure, puis les puissances élémentaires, chacune selon son point cardinal, avant d’ouvrir le cercle en reprenant son tracé en sens inverse. Lorsque la dernière limite fut levée, il abaissa l’athamé et revint face à l’autel. Le rite était clos.

Boy se tenait toujours sur la table du cantou, le regard fixé sur Fergus. La fumée du benjoin se raréfiait. Les deux bougies orange continuaient de brûler sur l’autel. Circé rompit le silence.

— Eh bien, dit-elle, je crois que nous venons d’obtenir beaucoup plus qu’une simple réponse.

Fergus contempla l’emplacement où l’ange s’était manifesté. Il songea aux dernières paroles d’Ierathel et eut la certitude qu’ils venaient de franchir une étape décisive.

CHAPITRE 10

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