EPILOGUE

Le lendemain, Archignac s’éveilla dans une lumière claire de printemps.

Le soleil glissait déjà sur les façades de pierre lorsque Fergus ouvrit les volets. L’air sentait la terre humide et les herbes chauffées par la rosée. Dans la cuisine, Circé s’affairait avec une tranquillité presque domestique. Serge, installé près de la table, buvait un café noir en silence.

— Aujourd’hui, dit Circé, on va manger dehors.

Fergus ne demanda rien.

La journée se mit en place naturellement. La grande table fut sortie dans le jardin. Serge apporta du pain et une bouteille de rosette. Circé préparait des plats simples, mais généreux. L’odeur de l’ail et des herbes montait doucement dans l’air tiède.

Vers midi, Christian passa la tête par-dessus la haie.

— Je me disais bien qu’il se passait quelque chose ici…

— Entrez donc, répondit Fergus.

Christian entra avec l’air amusé de quelqu’un qui sait qu’il va trouver une bonne table. Peu après arriva Bénédicte, un panier au bras.

— Je me suis dit que vous auriez peut-être besoin de quelques tomates.

La table se remplit peu à peu. Les verres tintèrent. Les conversations prirent leur rythme simple et familier. On parla du village, des jardins, de la météo, qui promettait enfin une belle saison.

Circé écoutait plus qu’elle ne parlait. De temps en temps, son regard se posait sur Fergus. Boy circulait entre les chaises avec la gravité tranquille d’un chat qui inspecte son domaine. Christian lui glissa un morceau de viande sous la table. Le chat l’accepta avec la dignité d’un prince.

Le repas s’étira doucement dans l’après-midi. Les rires devenaient plus fréquents. Le vin se vidait lentement. Le soleil descendait derrière les collines. Fergus observa la scène un moment sans rien dire.

Christian racontait une histoire que Bénédicte contredisait avec animation. Serge souriait à demi. Circé regardait le jardin comme si elle redécouvrait chaque chose.

Boy sauta alors sur le dossier de la chaise de Fergus, puis descendit sur ses genoux et s’y roula en boule. Fergus posa la main sur son dos chaud. La maison respirait tranquillement derrière eux. Le village continuait sa vie lente autour de la place. Rien ne semblait avoir changé.

Et pourtant tout était différent.

Le jour commençait à décliner lentement. Les verres étaient presque vides. Christian parlait encore, mais plus lentement. Bénédicte débarrassait quelques assiettes avec Circé pendant que Serge rallumait tranquillement sa pipe près de la haie.

Fergus se leva sans bruit.

— Je vais marcher un peu, dit-il simplement.

Personne ne répondit vraiment. Pas par indifférence, mais parce que cela semblait naturel. Boy sauta aussitôt de la chaise et le suivit. Ils quittèrent le jardin pendant que les dernières voix du repas continuaient de flotter derrière eux, mêlées au chant des oiseaux du soir.

Boy avançait quelques mètres devant lui, libre, présent, comme s’il n’avait jamais été ailleurs.

Les jours précédents avaient laissé en lui une trace nette, sans agitation, comme si tout ce qui devait trouver sa place l’avait enfin trouvée.

Arrivé au point le plus haut, il s’arrêta.

De là, le regard embrassait les toits d’Archignac, la ligne douce des collines, et plus loin, les masses sombres derrière lesquelles se dissimulaient les ruines de Commarque.
Rien ne les distinguait des autres pierres. Aucun signe ne s’en dégageait.

Mais cette fois, Fergus ne regardait plus ces lieux comme une énigme. Il les regardait comme un territoire. Sa main glissa vers sa poitrine. Le talisman reposait contre lui, stable, silencieux.

Prêt.

Derrière lui, le bruit léger de pas sur les graviers ne le surprit pas.

Circé.

Elle s’arrêta à ses côtés. Ils restèrent un instant sans parler.

— Tu ne cherches plus, dit-elle doucement.

Fergus secoua légèrement la tête.

— Si. Mais plus de la même manière.

Un silence.

— Avant, je voulais comprendre ce qui s’était passé, continua-t-il. Relier les faits. Trouver une cause, un responsable.
Il marqua une pause.
— Maintenant… je vois autre chose.

Circé tourna légèrement la tête vers lui.

— Quoi ?

Fergus laissa son regard glisser sur la vallée.

— Les traces. Les flux. Les intentions derrière les actes. Ce qui ne se voit pas… mais qui agit quand même.

Il inspira lentement.

— J’ai passé ma vie à enquêter sur des faits.
Sa voix se fit plus calme encore.
— Je crois que je peux continuer… Mais autrement.

Circé ne répondit pas tout de suite.

— Tu veux reprendre du service, dit-elle finalement.

Fergus esquissa un léger sourire.

— Oui.

Pas une impulsion. Pas un retour en arrière.

Une décision.

— Il y a des choses qu’on ne voit pas, poursuivit-il. Des choses qui passent entre les lignes, entre les gens, entre les événements.
— Et maintenant ?

Fergus tourna légèrement la tête vers elle.

— Maintenant, je peux les suivre.

Le vent se leva doucement dans les arbres. Boy revint vers eux, s’assit un instant, puis repartit.

Circé observa Fergus en silence, comme si elle mesurait quelque chose qui n’avait plus besoin d’être dit.

— Alors ce ne sera pas une fin, murmura-t-elle.

Fergus regarda à nouveau les collines.

— Non.

Un temps.

— Ce sera autre chose.

Très loin, dans la ligne sombre des reliefs, quelque chose sembla bouger — imperceptible, fugace. Cette fois, Fergus ne détourna pas les yeux. Il n’y avait plus rien à attendre.

Mais il y avait, désormais, quelque chose à faire.

Si vous refermez ces pages avec une impression, une émotion, une question — ou même un doute — alors ce livre aura déjà commencé à vivre au-delà de lui-même.

Je serais sincèrement heureux de connaître votre ressenti, qu’il soit enthousiaste, nuancé ou critique. Vos remarques sont précieuses, car elles prolongent le dialogue entamé entre ces lignes.

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Chaque message sera accueilli avec attention.

Et si certains chemins vous semblent encore inachevés, c’est qu’ils le sont. L’histoire de Fergus se poursuit… Le tome 2 est actuellement en préparation et viendra bientôt éclairer de nouvelles zones d’ombre.

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Merci de votre lecture.

Claude Dehoux