Page rédigée par Asteria
Trois sorcières, nues, chevauchent le ciel nocturne,
portées non par des balais mais par un étrange vol stationnaire.
Elles tiennent un personnage — un homme — suspendu en l’air,
nu lui aussi, les bras tombants, le regard perdu.
En bas, à terre, deux autres figures : un homme effrayé
se cache les yeux tandis qu’un second semble tenter de l’empêcher de fuir. Goya ne peint pas des sorcières.
Il peint le fantasme, la peur, le mythe — et la vérité que cache ce mythe.
Les femmes ailées représentent les puissances du noir-savoir,
de la transgression, du matriarcat ancien, que la société de son époque cherche à étouffer. Elles sont nues non pour exciter, mais pour choquer. Elles sont nues parce qu’elles sont délivrées des conventions humaines.
Le corps de l’homme qu’elles tiennent en l’air est une offrande,
ou peut-être un adepte enlevé dans un rite initiatique.
Il peut aussi symboliser l’homme dominé par les forces qu’il ne comprend pas : les puissances naturelles, l’instinct, la féminité sauvage, le monde occulte.
En bas, le contraste est cruel : l’homme aux yeux bandés refuse de voir. Il se bouche les oreilles, symbole de l’ignorance volontaire.
L’autre tente de le retenir, comme pour lui dire :
« Regarde ! Ce monde existe, il est réel, tu ne peux pas l’ignorer ! »
Goya peint ce tableau à une époque où l’Espagne, marquée par l’Inquisition, oscille entre raison des Lumières et retour du fanatisme. Il utilise la figure de la sorcière non pour l’illustrer,
mais pour interroger la société :
– Qui sont les vrais fous ?
– Qui manipule la peur ?
– Que cache le mot “sorcellerie” ?
Dans une lecture plus intérieure, ce tableau est le reflet d’un passage astral. Les sorcières incarnent des guides d’un autre monde, emportant une âme masculine vers un plan supérieur ou liminal. Il est nu parce qu’il est vulnérable, dépouillé, entre la mort et la renaissance.
Quant aux deux hommes au sol :
ils sont les deux parts de l’être non-initié :
– Celle qui nie, par peur,
– et celle qui sent qu’il y a autre chose, mais qui hésite à franchir le seuil.
Vuelo de brujas n’est pas un simple cauchemar en peinture.
C’est un miroir. Un cri voilé. Une question suspendue au-dessus du monde moderne : Et si elles avaient raison ? Et si la magie existait ? Et si tout cela n’était pas folie… mais mémoire oubliée ?
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